La Chine bat des records dans la production d’hydrogène vert, un carburant appelé à supplanter les énergies fossiles. Selon Rystad Energy, le pays aurait dépassé les 220 000 tonnes produites à partir d’énergies renouvelables en 2023. Cette dynamique conforte la stratégie nationale de décarbonation et accélère la transformation de la filière énergétique mondiale. Au cœur de cette avancée, l’essor des électrolyseurs et la montée en puissance du solaire et de l’éolien.
Une avance chinoise dans l’hydrogène vert
La Chine fait de l’hydrogène vert l’un des piliers de sa transition énergétique. En s’appuyant sur un mix renouvelable de plus en plus compétitif, elle multiplie les projets d’électrolyse à grande échelle. L’augmentation à 1 gigawatt de capacité d’électrolyse en 2023 illustre la rapidité de la montée en régime. Cette technologie scinde l’eau en hydrogène et oxygène sans émissions de CO2.
« L’hydrogène vert devient un vecteur clé de souveraineté et de compétitivité pour les économies prêtes à investir à long terme. »
Grâce à cette trajectoire, Pékin s’impose dans l’économie mondiale de l’hydrogène et consolide une chaîne de valeur industrielle complète. L’intégration entre fabricants d’électrolyseurs, producteurs d’électricité verte et opérateurs d’infrastructures crée un écosystème propice aux baisses de coûts.
Capacités et objectifs ambitieux
Le pays visait initialement 2,5 GW d’électrolyseurs en 2023, de quoi produire environ 220 000 tonnes de carburant propre par an. Ce volume dépasse la production mondiale de plusieurs milliers de tonnes, signe d’un changement d’échelle décisif. À titre de comparaison, l’Union européenne prévoit 20 millions de tonnes d’hydrogène produit ou importé d’ici 2030. La vitesse chinoise crée un effet d’entraînement sur la technologie et sur les chaînes d’approvisionnement.
Toutefois, une large part de l’hydrogène demeure encore gris, issu du charbon ou du gaz, avec des émissions importantes. Le défi consiste à basculer vers des volumes massifs d’hydrogène vert, compatible avec la neutralité carbone. Cette conversion suppose des investissements soutenus, des incitations robustes et des marchés de long terme.
- Usages prioritaires: raffinage, chimie de l’ammoniac, acier bas-carbone, où l’électrification directe est difficile.
- Effets attendus: baisse des coûts de l’électrolyse, meilleure fiabilité des chaînes industrielles, création d’emplois qualifiés.
- Secteurs émergents: mobilité lourde, fret maritime, aviation via e-carburants synthétiques.
- Enjeux globaux: normes de durabilité, traçabilité carbone, interconnexions et commerce international.
Du gris au vert : un virage décisif
La différence entre hydrogène gris et vert reste essentielle pour mesurer l’impact climatique. Le premier émet beaucoup de CO2, le second repose sur des sources renouvelables et vise des émissions quasi nulles. Pour respecter ses objectifs de pic d’émissions en 2030 et de neutralité en 2060, la Chine doit accélérer la substitution. Cela passe par des contrats de longue durée et une meilleure intégration réseau-production.
Relier production et demande
Le principal défi est géographique: la demande se trouve à l’est industriel, tandis que les meilleurs gisements éoliens et solaires sont au nord. Des provinces comme la Mongolie intérieure et le Gansu concentrent les projets de production à grande échelle. Pour combler cet écart, le pays déploie un réseau de canalisations dédié à l’hydrogène. Sinopec construit un pipeline de 400 km entre Ulanqab et Pékin, tandis que Tangshan Haitai développe 737 km entre Zhangjiakou et Caofeidian.
Ces infrastructures facilitent le transport depuis les zones riches en renouvelables vers les centres de consommation. Elles promettent d’abaisser les coûts logistiques et de sécuriser les approvisionnements. À terme, elles pourront s’intégrer à des corridors régionaux et à des marchés transfrontaliers. La fiabilité du réseau sera un levier pour attirer davantage d’investissements.
Défis opérationnels et perspectives
Côté technique, l’optimisation des électrolyseurs demeure un chantier prioritaire. En Chine, de nombreux systèmes alcalins tournent entre 30 % et 100 % de leur capacité nominale, avec des enjeux de sécurité et de rendement. L’intermittence des renouvelables impose des stratégies d’hybridation, de stockage et de pilotage numérique. Des standards communs et une maintenance avancée doivent améliorer la fiabilité du parc.
La dynamique actuelle reste néanmoins encourageante, portée par l’apprentissage industriel et l’effet d’échelle. En élargissant la demande — acier, chimie, transports lourds — la Chine pourrait accélérer la baisse des coûts. L’alignement des politiques publiques, des financements et des innovations consolidera la trajectoire. Le résultat attendu: un hydrogène compétitif apte à remplacer les combustibles fossiles dans les usages les plus difficiles à décarboner.
Au-delà des frontières, cette avancée pousse à une coopération plus étroite en matière de standards, de certification et d’infrastructures. La montée en puissance de l’hydrogène vert ouvre la voie à une nouvelle économie des molécules, complémentaire à l’électrification. Si cette impulsion se confirme, elle pourrait accélérer la sortie des énergies fossiles et ancrer une croissance véritablement durable.