Voici à quoi ressemble l’ultra-secrète « cape d’invisibilité » des soldats russes, capable de déjouer les drones

31 janvier 2026

Les armées modernes se livrent une guerre d’innovations où la chaleur d’un corps peut devenir une cible. Dans ce duel technologique, la Russie équipe désormais ses fantassins d’un « poncho » antithermique, une sorte de cape destinée à brouiller la signature infrarouge. Cette protection vise à rendre les soldats moins détectables aux drones ukrainiens, surtout de nuit, quand chaque pixel chaud peut trahir une présence.

Pourquoi ces capes existent

Les drones sont devenus omniprésents et l’imagerie thermique s’impose sur le champ de bataille. L’Ukraine a beaucoup misé sur ces engins pour compenser un déficit d’artillerie, transformant le ciel en réseau d’yeux permanents. Face à cette menace, Moscou a favorisé des infiltrations par petits groupes, à pied, plus difficiles à repérer que les colonnes motorisées.

« En 2023, cela permettait aux commandants ukrainiens de pallier le manque d’obus d’artillerie et de freiner l’avancée russe », avance l’Atlantic Council. Cette nouvelle donne a forcé la Russie à chercher une réponse discrète et portable.

Comment fonctionne ce camouflage

Il ne s’agit pas d’une armure, mais d’un poncho thermique, pensé comme une surcouche qui piège et homogénéise la chaleur. Le tissu, souvent en nylon, intègre une couche réfléchissante qui limite l’évasion du rayonnement infrarouge. Certains modèles utilisent des particules d’aluminium ou d’argent pour disperser plus vite la chaleur et lisser le contraste avec l’environnement.

L’objectif est simple : que la température du soldat se confonde avec celle du décor, afin d’éviter d’apparaître comme un « point lumineux » sur l’écran d’un opérateur. Les premiers prototypes revendiquent une réduction très importante du rayonnement thermique, jusqu’à 90 % selon leurs promoteurs. Pour Forbes, c’est « littéralement un accessoire indispensable pour quiconque souhaite traverser la large “zone grise” couverte par les drones ».

De la protection à la tactique d’assaut

Ces capes ne sont qu’un outil au service d’une méthode. De petits détachements s’infiltrent, guidés par des drones amis qui corrigent leur trajet en direct et évitent les zones trop exposées. Le poste de commandement suit leur progression, puis transforme les positions atteintes en nids avancés, points d’appui d’assauts ultérieurs contre les lignes adverses.

Sur X, le cinéaste devenu soldat Volodymyr Demchenko décrit ainsi la progression des unités russes : « Nouvelles tactiques d’assaut : les envahisseurs rampent plusieurs jours sous des manteaux anti-thermiques. La nourriture et l’eau sont larguées par les drones. Par nuit, ils rampent des dizaines, peut-être des centaines de mètres. » Cette tactique lente mais obstinée cherche à épuiser la vigilance des défenseurs.

Des limites bien réelles

Malgré leur efficacité, ces capes ne rendent pas « invisible ». Elles diminuent le contraste, mais n’annulent pas la signature thermique. Les opérateurs expérimentés apprennent à repérer des indices, surtout lors de phases de refroidissement ou d’échauffement rapide du terrain.

  • Des extrémités non couvertes, comme les pieds ou les mains, restent visibles.
  • Des silhouettes « plates » et statiques contrastent avec un relief naturel.
  • Des anomalies de forme dans la végétation trahissent un dispositif posé.
  • Par grand froid, le moindre halo de chaleur devient plus évident.
  • Des accessoires comme radios et batteries émettent eux aussi de la chaleur.

L’Ukraine a également conçu ses propres capes antithermiques et intensifie la surveillance pendant les périodes de « croisements thermiques » au crépuscule. La formation des télépilotes se concentre sur l’analyse des micro-signaux, pour distinguer un soldat sous poncho d’un simple bosquet.

Une course entre furtivité et détection

Ces capes s’inscrivent dans une course permanente entre la furtivité et la détection. Elles offrent un atout pour franchir la « zone grise » battue par les drones, mais demandent une discipline d’usage et ne garantissent pas l’impunité. Leur diffusion répond aussi à une réalité plus rude : l’attrition d’un matériel russe durement éprouvé, qui pousse à privilégier l’infanterie et l’infiltration.

À moyen terme, on peut s’attendre à une hausse de la puissance des capteurs, à des algorithmes de détection plus fins et à des combinaisons textiles plus complexes. L’« invisibilité » restera un idéal fragile, tributaire d’un équilibre entre physique des matériaux, tactiques au sol et vigilance humaine. Dans ce champ de bataille invisible à l’œil nu, chaque degré de température et chaque seconde d’exposition pèsent désormais dans la balance.

Catégories Air
Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.