Coup de tonnerre diplomatique: le Japon et la Corée du Sud refusent de reconnaître l’État palestinien pour préserver à tout prix leur alliance cruciale avec les États-Unis

26 février 2026

La décision du Japon et de la Corée du Sud de temporiser sur la reconnaissance de l’Etat palestinien s’inscrit dans un paysage diplomatique de plus en plus polarisé. Alors que plusieurs alliés européens élargissent le cercle des pays favorables à la Palestine, Tokyo et Séoul demeurent circonspects, soucieux de préserver l’architecture de leur sécurité et de ménager leurs relations avec les Etats-Unis.

Le premier ministre japonais, Shigeru Ishiba, a rappelé que la question n’était pas de savoir « si » le Japon reconnaîtra la Palestine, mais « quand ». Cette ligne exprime une prudence calculée, qui se veut compatible avec une aide humanitaire soutenue et un attachement à la solution à deux Etats.

Un calcul diplomatique sous contrainte

Alliés centraux de Washington en Asie du Nord-Est, le Japon et la Corée du Sud alignent leur politique moyen-orientale sur un impératif de cohérence stratégique. La dissuasion face à la Corée du Nord et la gestion de la rivalité avec la Chine rendent risquée toute fracture publique avec la Maison-Blanche.

A New York, lors de la 80e Assemblée générale des Nations unies, Shigeru Ishiba comme le président sud-coréen Lee Jae-myung entendent condamner les opérations terrestres d’Israël à Gaza. Dans le même souffle, ils appellent à un renforcement des institutions palestiniennes et à la démilitarisation du Hamas, une posture cherchant l’équilibre entre fermeté et médiation.

L’énergie, nerf de la politique moyen-orientale

La dépendance énergétique du Japon au pétrole du Moyen-Orient pèse de tout son poids. Maintenir des relations stables avec les pays arabes sans s’aliéner Washington impose une diplomatie de l’« entre-deux », faite de signaux mesurés, d’initiatives humanitaires visibles et d’un soutien de principe à la paix négociée.

Comme le souligne le politologue Hideaki Shinoda, la politique japonaise repose sur deux piliers: la sécurité garantie par les Etats-Unis et l’approvisionnement en énergie assuré par les partenaires arabes. Cette double dépendance invite à la retenue, surtout dans une phase de tensions militaires persistantes.

Scène onusienne et bataille des récits

La scène des Nations unies est devenue le théâtre d’une bataille des récits où chaque mot compte. Tokyo et Séoul privilégient une rhétorique de droit international, défendent la protection des civils et appellent à des cessez-le-feu immédiatement vérifiables.

Cette approche vise à éviter le piège d’une polarisation binaire, tout en répondant à des opinions publiques de plus en plus sensibles aux images de la guerre. Les deux gouvernements veillent à ne pas donner prise à l’accusation d’un double standard, en insistant sur la légalité des processus et la nécessité de garanties de sécurité.

Réactions régionales et partenaires occidentaux

L’avancée de la reconnaissance par plusieurs partenaires occidentaux place le Japon et la Corée du Sud dans une position d’« alliés prudents ». Les capitales du Golfe prennent acte de cette prudence, tout en appréciant l’intensification de l’aide humanitaire et le soutien aux agences onusiennes sur le terrain.

A l’intérieur, les milieux d’affaires redoutent les effets d’un choc géopolitique sur l’énergie et les chaînes d’approvisionnement. Les diplomaties japonaise et sud-coréenne cherchent donc à contenir le risque, préférant la progression par étapes à la rupture de position.

Les raisons d’une temporisation

  • Préserver l’alliance stratégique avec les Etats-Unis dans un contexte régional tendu.
  • Garantir la sécurité des approvisionnements énergétiques au Moyen-Orient.
  • Éviter d’alimenter les tensions avec la Chine et la Corée du Nord.
  • Maintenir une image de médiation crédible dans les enceintes multilatérales.
  • Protéger les intérêts des entreprises et la stabilité économique intérieure.

Entre valeurs et intérêts, un fil d’équilibriste

La diplomatie de Tokyo et de Séoul se veut une gestion fine des interdépendances. Elle articule la promotion des valeurs universelles – droit des civils, légalité internationale, solution à deux Etats – avec la défense d’intérêts de sécurité immédiats.

« La question n’est pas de savoir si la Palestine sera reconnue, mais sous quelles conditions durables cette reconnaissance favorisera une paix réelle », confie un diplomate asiatique au fait des discussions. Entre pressions alliées et attentes régionales, l’horloge tourne, mais la séquence reste incertaine.

Quel horizon pour la reconnaissance?

À court terme, Tokyo et Séoul pourraient multiplier les gestes de confiance: accroître l’aide aux infrastructures civiles, soutenir les réformes institutionnelles palestiniennes, et promouvoir une conférence multilatérale à étapes vérifiables. L’objectif est de créer un cadre d’irréversibilité vers deux Etats, sans fracturer le lien avec Washington.

À moyen terme, une fenêtre pourrait s’ouvrir si un cessez-le-feu durable, des mécanismes de sécurité robustes et un calendrier politique crédible se mettent en place. La reconnaissance ne serait alors plus un acte isolé, mais l’aboutissement d’un processus adossé à des garanties et à une légitimité collective.

En attendant, le Japon et la Corée du Sud choisissent la patience stratégique. Ils misent sur un rôle d’entremetteur discret, convaincus que, dans un contexte aussi inflammable, une parole mesurée vaut parfois mieux qu’un geste spectaculaire et irréversible.

Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.