Crash en Libye : la boîte noire de l’avion où le chef d’État‑major libyen a péri enfin retrouvée

4 février 2026

Les autorités turques ont confirmé la découverte de la boîte noire et de l’enregistreur vocal de l’appareil qui s’est écrasé près d’Ankara mardi soir, causant la mort de huit personnes, dont le chef d’état-major libyen, le général Mohammed Ali Ahmed Al-Haddad. Cette avancée est jugée décisive par les enquêteurs, qui espèrent éclaircir les circonstances du drame au terme d’un processus nécessairement minutieux. Sur place, les secours opèrent dans des conditions difficiles, alors que les débris s’étendent sur une zone estimée à 3 km², compliquant le ratissage et la collecte des indices.

Enquête technique et promesse de transparence

Le ministre turc de l’intérieur, Ali Yerlikaya, a confirmé que les dispositifs ont été sécurisés et remis aux autorités compétentes, qui ont d’ores et déjà entamé leur examen. Le ministre des transports, Abdulkadir Uraloglu, a annoncé que l’analyse serait menée dans un « pays neutre », afin de garantir une totale impartialité. Les résultats seront partagés « avec notre nation et le monde entier » dans un esprit de « transparence », a-t-il assuré sur le réseau social X.

Cette étape doit permettre de reconstituer la chronologie des faits, en croisant les données techniques des paramètres de vol et les échanges dans le cockpit. Les enregistreurs, conçus pour résister à des chocs extrêmes, sont au cœur de la méthodologie d’enquête en aéronautique, et livrent souvent des pistes déterminantes sur les défaillances ou les facteurs humains.

Lors des recherches sur le site du crash qui a coûté la vie au chef d’état-major libyen, près d’Ankara (Turquie) le 24 décembre 2025. Crédit : ADEM ALTAN / **AFP**

Opérations de secours et ampleur des moyens

Les dépouilles des huit victimes se trouvent toujours sur le site, où les équipes procèdent à des travaux d’identification et de récupération. Un important dispositif a été déployé : 408 personnes, 103 véhicules terrestres et 7 aéronefs, appuyés par des drones, dont certains à capteurs thermiques. Les conditions météorologiques, marquées par un épais brouillard et des pluies nocturnes, ont ralenti les manœuvres de terrain.

Le crash est survenu moins de quarante minutes après le décollage, alors que l’appareil effectuait un trajet régulier entre Ankara et sa destination initiale. À ce stade, les autorités privilégient une démarche fondée sur la collecte de preuves et la prudence analytique, en évitant toute conclusion hâtive.

Points clés connus à ce stade :

  • Boîte noire et enregistreur vocal retrouvés et sécurisés.
  • Zone de débris estimée à 3 km², accès compliqué par le brouillard.
  • 408 intervenants mobilisés, drones et moyens aériens engagés.
  • Huit victimes, dont le chef d’état-major libyen et plusieurs conseillers.
  • Analyses réalisées dans un pays neutre, communication promise en transparence.

Une piste technique évoquée

Ali Yerlikaya a indiqué qu’un « problème électrique » avait été signalé à bord une quinzaine de minutes après le décollage. Des spécialistes soulignent qu’une panne isolée ne suffit pas à plonger un avion dans une obscurité totale, évoquant plutôt une combinaison de facteurs, possiblement liés aux conditions météo. L’enseignant-chercheur Tolga Tuzun Inan (université de Bahcesehir) a rappelé à la télévision turque que de tels événements résultent souvent d’un enchaînement de défaillances, plus qu’une cause unique et simple.

Les données des enregistreurs devraient préciser la séquence finale : nature des alarmes, actions de l’équipage, échanges et paramètres de vol. Le parquet d’Ankara a ouvert une enquête, signe d’un cadrage judiciaire en parallèle de l’analyse technique. Les experts préviennent toutefois que l’exploitation complète des données pourrait prendre plusieurs mois.

« Les autorités compétentes ont entamé leur examen et communiqueront les résultats avec une totale transparence », ont assuré les responsables turcs.

Choc politique et diplomatique

Le président Recep Tayyip Erdogan a présenté ses condoléances au premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah, dont le gouvernement est reconnu par l’ONU. Une délégation de 22 personnes, comprenant des officiels libyens et des proches des victimes, est arrivée à Ankara pour suivre de près les développements et préparer le rapatriement. La coopération entre la Turquie et la Libye, déjà soutenue sur le plan sécuritaire, se trouve au cœur de cette séquence à la fois tragique et sensible.

Le général Al-Haddad se trouvait en visite officielle dans la capitale turque, où il avait rencontré son homologue et des responsables de la défense. Sa disparition intervient dans un contexte régional complexe, où Ankara exerce une influence croissante sur les équilibres libyens. Au-delà du drame humain, ce crash met à l’épreuve les mécanismes de coopération bilatérale, tant pour la gestion de crise que pour la reconstruction de la confiance.

Alors que l’émotion demeure vive, les prochaines semaines seront décisives pour démêler les causes du crash et déterminer d’éventuelles responsabilités techniques ou opérationnelles. Les familles des victimes attendent des réponses, et les autorités promettent de les fournir avec des preuves et des faits, sans céder à la précipitation.

Catégories Air
Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.