Guerre en Ukraine : revers colossal pour la Russie — l’Ukraine anéantit un lanceur de missiles Iskander et une station radar 1L122 Garmon

25 février 2026

Une opération conjointe audacieuse

Dans la nuit du 4 octobre, une opération ciblée a été menée dans la région de Koursk, en territoire russe. Selon les autorités de Kyiv, des forces spéciales ukrainiennes ont agi de concert avec une unité de combattants russes anti-Kremlin, connue sous le nom de « Tchernaïa Iskra ». L’annonce a été rendue publique le 5 novembre sur le compte Facebook du Commandement des forces d’opérations spéciales, soulignant une action « précise » et « coordonnée » sur des objectifs à forte valeur stratégique.

Cette incursion discrète mais résolue aurait visé les capacités russes de frappe et de détection, au plus près de la frontière commune. En frappant en profondeur, les auteurs de l’opération ont cherché à désorganiser l’architecture de défense de la région, tout en envoyant un signal politique clair.

Viser le cœur des capacités Iskander

Parmi les cibles neutralisées figure un véhicule assurant le lancement de missiles balistiques Iskander. Ce système mobile, vecteur d’engins de courte portée mais de forte puissance, est conçu pour frapper des infrastructures critiques et des positions militaires avec une précision redoutable. En s’attaquant à l’un de ses moyens de lancement, les forces ukrainiennes visent à réduire le tempo offensif adverse et à compliquer la planification des frappes russes.

La perte d’un tel équipement ne se mesure pas uniquement à son coût ou à sa rareté, mais aussi à l’effet immédiat sur la chaîne de commandement et de soutien. Chaque lanceur neutralisé impose des délais, détourne des ressources et fragilise le maillage opérationnel dans une guerre d’attrition où la mobilité et la surprise dominent.

Un radar 1L122 « Garmon » neutralisé

L’opération a également visé une station radar 1L122 « Garmon », localisée près du village de Nijny Reoutets (Koursk), selon l’agence ukrainienne Ukrinform. Conçu pour la détection et le suivi d’objectifs aériens à basse et moyenne altitude, ce radar fournit des coordonnées essentielles à l’orientation des tirs et à l’alerte précoce. Le mettre hors d’usage revient à aveugler partiellement la défense aérienne locale et à créer des brèches dans la surveillance du ciel.

Ce point d’appui technique, chargé d’identifier les menaces se dirigeant vers la Russie, jouait un rôle de filtre et de tri dans le tableau de situation aérienne. Sa destruction oblige à redistribuer les moyens, à rallonger les boucles de décision et à accroître la vulnérabilité face aux incursions furtives ou aux drones de reconnaissance.

« Réduire l’œil et le bras de l’adversaire »

« Réduire l’œil et le bras de l’adversaire, c’est reprendre l’initiative », résume une formule que l’on entend souvent chez les spécialistes de la guerre moderne. La neutralisation conjointe d’un moyen de lancement et d’un capteur de haute valeur illustre cette logique d’attrition ciblée, au croisement du renseignement, de la manœuvre et de la dissuasion.

En frappant simultanément un capteur et un effecteur, l’opération perturbe la boucle « détecter-décider-frapper », au cœur de la supériorité opérationnelle. Cette approche combine la précision de l’action spéciale et la portée stratégique d’un affaiblissement des réseaux d’appui.

Ce que l’on sait à ce stade

  • L’opération s’est déroulée le 4 octobre dans la région de Koursk, côté russe.
  • L’annonce a été publiée le 5 novembre par le Commandement des forces d’opérations spéciales de l’Ukraine.
  • Un véhicule de lancement de missiles Iskander a été détruit, perturbant les capacités de frappe russes.
  • Une station radar 1L122 « Garmon » a également été neutralisée près de Nijny Reoutets.
  • L’action a impliqué une coopération avec des combattants russes opposés à Vladimir Poutine, regroupés sous l’étiquette « Tchernaïa Iskra ».
  • L’objectif affiché: dégrader la défense aérienne locale et réduire le rythme des tirs hostiles.

Une portée militaire et politique

Sur le plan militaire, la double neutralisation pourrait freiner, au moins temporairement, la posture de riposte dans ce secteur frontalier. La perte d’un lanceur Iskander exige des réallocations et rend plus prévisible la trajectoire logistique des missiles prêts à l’emploi. En parallèle, l’absence d’un radar comme le Garmon augmente les angles morts, affaiblissant la cohérence du tableau aérien.

Politiquement, la collaboration avec une unité russe anti-Kremlin met en lumière des fissures internes côté adverse, tout en renforçant la dimension informationnelle de l’opération. L’existence de relais sur le terrain russe crée une pression symbolique supplémentaire, signifiant que la profondeur stratégique n’est plus un sanctuaire.

Prudence et éléments à confirmer

Comme pour toute action menée au-delà de la ligne de front, la vérification indépendante reste limitée et le brouillard de la guerre pèse sur l’évaluation complète des dégâts. Les autorités ukrainiennes ont communiqué des éléments ciblés, tandis que la partie russe n’a pas immédiatement livré de détails contradictoires. Cette latence d’information est courante dans un conflit où la surprise et la désinformation sont des armes à part entière.

À moyen terme, l’attention se portera sur la capacité de Moscou à combler les pertes et à refermer les brèches dans sa couverture radar. De son côté, Kyiv cherchera à capitaliser sur l’effet de désorganisation en multipliant les pressions sur les nœuds critiques de commandement et de logistique.

Un signal stratégique durable

Au-delà du coup porté, l’opération rappelle la centralité des capteurs et des vecteurs dans la guerre contemporaine. Priver l’adversaire de ses yeux et de ses bras n’annule pas sa puissance, mais la fragmente, la ralentit et l’expose à des risques croissants. Dans une dynamique d’attrition, chaque perte de qualité compte davantage qu’une simple addition de matériels.

Si les lignes du front évoluent lentement, les équilibres invisibles — radars, communications, lanceurs — se jouent dans ces actions chirurgicales. Elles témoignent d’une compétition d’intelligence et de précision où la moindre faille devient une opportunité, et où la maîtrise de l’invisible peut infléchir le cours du visible.

Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.