Un coup porté au cœur logistique russe
Une attaque de drones attribuée au Service de sécurité ukrainien (SBU) a visé dans la nuit du 12 septembre le port de Primorsk, principal débouché pétrolier de la Russie sur la Baltique. Selon une source citée par le Kyiv Independent, plusieurs frappes ont touché des infrastructures clés, déclenchant un incendie sur un navire et sur une station de pompage. Les autorités locales ont confirmé l’activation des systèmes d’extinction et la suspension temporaire des livraisons de pétrole au départ du port. Le gouverneur de la région de Léningrad, Alexandre Drozdenko, a communiqué en temps réel sur Telegram au sujet des opérations de secours. Les dégâts exacts restent en cours d’évaluation, mais l’incident souligne la vulnérabilité d’une plateforme perçue comme un nœud critique du commerce énergétique de Moscou.
Un hub stratégique au centre des tensions
Primorsk, dans l’oblast de Léningrad, est décrit par une source proche du SBU comme une plaque tournante de la « flotte fantôme » russe, un réseau de pétroliers vieillissants utilisés pour contourner les sanctions. Environ 60 millions de tonnes de pétrole transiteraient chaque année par ce port, générant près de 15 milliards de dollars de revenus pour la Russie. La frappe vise donc autant l’outil logistique que l’architecture financière qui soutient l’effort de guerre. Dans l’immédiat, la priorité des autorités a consisté à contenir les flammes et à sécuriser les zones de stockage. Les premières informations évoquent une interruption des flux, rappelant combien la chaîne d’exportation reste exposée aux opérations de drones. Pour Moscou, il s’agit d’un signal sur la capacité ukrainienne à viser des actifs éloignés de la ligne de front.
Une opération de drones d’ampleur inédite
Selon la même source, des drones du SBU ont également frappé trois stations de pompage liées au pipeline acheminant du brut vers le terminal d’Oust-Luga. Des habitants de Saint-Pétersbourg et de la région de Léningrad ont rapporté des explosions successives tôt le matin, décrivant l’attaque comme la plus importante depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022. De son côté, le ministère russe de la Défense affirme avoir intercepté et abattu 221 drones ukrainiens dans la nuit, une revendication impossible à vérifier de manière indépendante. Si ces éléments se confirment, l’opération marquerait une montée en puissance des frappes en profondeur menées par l’Ukraine. Elle illustrerait aussi la difficulté persistante pour la Russie de protéger des sites industriels situés loin du front. Dans ce contexte, la guerre des capteurs et des contre-mesures anti-drones gagne en intensité.
Incendies maîtrisés, questions ouvertes
Les feux signalés à Primorsk ont été circonscrits, d’abord sur le navire touché, puis sur la station de pompage du port, selon les communications du gouverneur. « Un incendie sur l’un des navires du port de Primorsk est en cours d’extinction. Le système d’extinction d’incendie a été activé », a écrit Alexandre Drozdenko, précisant plus tard que les deux sinistres avaient été éteints. Les autorités locales ont assuré une reprise progressive des activités, sans détailler l’ampleur des dommages matériels. L’impact opérationnel dépendra de la rapidité des réparations et de la redondance des voies d’acheminement. Sur le plan énergétique, toute perturbation durable à Primorsk pourrait peser sur les calendriers d’exportation, même si la Russie dispose d’autres terminaux. Reste à déterminer si l’attaque visait une dégradation immédiate ou un effet d’usure à plus long terme.
Les enjeux d’une guerre des flux
Cette frappe s’inscrit dans une stratégie de pression sur les lignes d’approvisionnement et sur la rentabilité des exportations russes. En ciblant des points névralgiques comme des pompes, des réservoirs ou des interfaces portuaires, l’Ukraine cherche à accroître le coût de la sécurité pour son adversaire. Les risques collatéraux — environnementaux, industriels et assurantiels — restent significatifs, même si, dans ce cas, les incendies ont été rapidement contrôlés. La multiplication des attaques de drones met en lumière la porosité des défenses et la difficulté à protéger des chaînes aussi étendues. À mesure que les lignes de front se figent, la bataille se déplace vers les infrastructures, où la résilience et la capacité d’absorption des chocs deviennent déterminantes. Pour les deux camps, l’enjeu est de maintenir l’initiative tout en limitant les dégâts non désirés.
À retenir
- Une frappe de drones a visé Primorsk, plus grand port pétrolier russe sur la Baltique
- Des incendies ont touché un navire et une station de pompage, depuis éteints
- La Russie évoque 221 drones abattus, une affirmation non vérifiée
- Primorsk est un hub de la « flotte fantôme », clé pour les exportations
- L’opération illustre l’essor des frappes en profondeur et la vulnérabilité logistique
Au-delà du spectaculaire, cette attaque rappelle que la sécurité des infrastructures énergétiques est devenue un théâtre d’affrontement à part entière. La capacité de chaque camp à protéger, réparer et dissuader dans la durée pèsera sur le rythme et le coût de la guerre, bien au-delà de l’éclat des explosions de la nuit.