Au large des côtes britanniques, la Royal Navy a mené une chasse de trois jours contre le sous-marin russe Krasnodar, un bâtiment de classe Kilo réputé pour sa furtivité. Parti de la mer du Nord, il a franchi le Pas-de-Calais pour gagner la Manche, sans remonter en surface malgré une météo dégradée. Cette traque illustre la tension technique et stratégique autour de ces sous-marins diesel-électriques, parfois surnommés « trous noirs » pour leur discrétion.
Origines et mission
Mis sur cale en 2014 et admis au service actif en 2015, le Krasnodar mesure environ 74 mètres de long pour une largeur d’une dizaine de mètres. Quatrième d’une série destinée à la flotte de la mer Noire, il appartient à une génération améliorée de Kilo, conçue pour l’action en littoral et la dissuasion en eaux fermées. L’OTAN désigne cette famille de bâtiments sous le nom de Kilo, un standard pour des sous-marins compacts, peu coûteux à exploiter et extrêmement silencieux.
Sa vocation est double: patrouille anti-surface et anti-sous-marine, mais aussi frappe de précision contre des cibles terrestres. En présence d’un sous-marin de ce type dans une zone dense comme la Manche, la surveillance alliée s’intensifie, car chaque mouvement peut devenir un test des capacités de détection occidentales.
Propulsion et discrétion
Le Krasnodar est propulsé par des générateurs diesel alimentant un moteur électrique, combinaison privilégiant le silence aux performances brutes. Il évolue à environ 10 nœuds en surface et 17 nœuds en plongée, une vitesse modeste mais suffisante pour exploiter sa signature acoustique très faible. Sa peau est recouverte d’un revêtement anéchoïque en caoutchouc, qui absorbe une partie des ondes sonores et limite l’écho des sonars adverses.
Avec une immersion opérationnelle annoncée autour de 300 mètres, le bâtiment s’appuie sur des capteurs adaptés aux zones côtières. On cite notamment le système haute fréquence MG519 « Mouse Roar » pour la classification et l’évitement des mines, ainsi que le radar MRK-50 « Albatros » pour la navigation et la détection de surface. L’ensemble reste cohérent avec une doctrine d’emploi où la furtivité prime sur la vitesse.
« Dans un environnement bruyant et confiné, le meilleur atout d’un Kilo reste sa capacité à se fondre dans le silence ambiant », résume un officier spécialiste des opérations maritimes.
Armements et portée
Le Krasnodar dispose de six tubes lance-torpilles standard de 533 mm, adaptés à différents types de munitions. Deux tubes peuvent tirer des torpilles filoguidées, plus précises en environnement complexe. Les premières versions de l’armement incluaient des torpilles autonomes et des missiles anti-sous-marins SS-N-15A Starfish, typiques des sous-marins polyvalents russes de cette catégorie.
La signature la plus commentée reste la capacité à lancer des missiles de croisière Kalibr. Selon les variantes, ces missiles frappent des cibles navales ou terrestres, avec une portée pouvant atteindre environ 2 500 km pour l’attaque au sol. Cette allonge transforme un sous-marin côtier en vecteur de projection régionale, difficile à anticiper et à neutraliser.
- Six tubes de 533 mm pour torpilles et missiles lourds
- Torpilles filoguidées pour engagements complexes
- Missiles de croisière Kalibr à capacité terrestre et antinavire
- Capteurs adaptés aux eaux littorales et à la lutte anti-mines
Un parcours scruté de près
Au début de l’année, le Krasnodar a mené une mission d’une dizaine de jours dans le Kattegat, entre Danemark et Suède, escorté par un navire de soutien sous-marin. Quelques mois plus tôt, après un passage par le chantier naval de Kronstadt, il avait validé des tirs à la torpille en mer Baltique, signalant sa disponibilité opérationnelle. Autant d’indices suivis avec attention par les marines européennes, qui croisent régulièrement sa trace en Atlantique et en Baltique.
Dans la Manche, la Royal Navy a mobilisé un navire ravitailleur avec hélicoptère embarqué pour suivre sa progression. Ce type de bâtiment, doté de moyens aériens et de capteurs dédiés, permet une traque discrète tout en maintenant une présence crédible. Le fait que le Krasnodar soit resté en immersion durant toute la transit sous des conditions météorologiques dégradées confirme une maîtrise du profil furtif, privilégiant la patience à l’exposition en surface.
Enjeux pour la sécurité européenne
La présence d’un Kilo amélioré dans un corridor stratégique comme la Manche rappelle l’importance du contrôle des détroits européens. Les marines de l’OTAN y affinent leurs tactiques de détection, combinant hélicoptères ASM, frégates, bâtiments de soutien et réseaux de renseignement. Face à un adversaire silencieux, l’agrégation de capteurs et la persistance de la surveillance deviennent capitales.
Le Krasnodar illustre une tendance lourde: la montée en puissance d’unités diesel-électriques modernes, moins coûteuses que les sous-marins nucléaires mais redoutables dans des mers fermées. Portées par des munitions de précision à grande allonge, elles compliquent le calcul stratégique européen, du Baltique au détroit de Gibraltar. Plus que jamais, la maîtrise du temps, du bruit et de l’information fait la différence entre une présence tolérée et une avance jugée provocatrice. Dans cet équilibre, chaque plongée du Krasnodar devient un signal, et chaque détection un message.