Légende: Un chasseur F-15K de l’armée sud-coréenne, en 2017, à Gunsan (illustration) (AFP / JUNG YEON-JE)
Alerte dans la ZIDA sud-coréenne
La Corée du Sud a déployé des avions de combat après la détection d’une formation sino-russe dans sa Zone d’identification de défense aérienne. Selon l’état-major interarmées, sept appareils russes et deux chinois ont été repérés mardi matin vers 10h, à proximité de la frontière maritime orientale.
Les aéronefs sont entrés et sortis à plusieurs reprises de la zone durant environ une heure, sans franchir l’espace aérien souverain, d’après Séoul. Des chasseurs sud-coréens ont été scramblés pour appliquer des mesures tactiques de précaution et assurer l’identification.
“Nous avons fait décoller des avions de combat pour prendre des mesures tactiques, et aucune violation de notre espace aérien n’a été constatée”, a indiqué une source de l’état-major interarmées, soulignant le caractère préventif de la réponse.
Une patrouille conjointe assumée par Pékin et Moscou
Le ministère chinois de la Défense a confirmé que ces vols relevaient d’exercices conjoints conduits avec l’armée russe. Pékin les a inscrits dans le cadre de “plans de coopération annuels”, insistant sur leur caractère régulier et planifié.
Les manœuvres se sont déroulées au-dessus de la mer de Chine orientale et du Pacifique occidental, et constituent la “10e patrouille aérienne stratégique conjointe”. Depuis 2019, Pékin et Moscou mènent périodiquement des vols dans les ZIDA de la région, au nom de la liberté de navigation et de l’entraînement.
Cette présence aérienne conjointe s’inscrit dans un contexte de rapprochement militaire sino-russe, renforcé depuis l’invasion de l’Ukraine par Moscou. Les deux pays, alliés de la Corée du Nord, affichent ainsi une capacité de projection coordonnée près de la péninsule.
Ce que recouvre une ZIDA
Une Zone d’identification de défense aérienne, ou ZIDA, est une zone unilatéralement définie, plus large que l’espace aérien national, destinée à identifier et suivre les appareils en approche. Elle n’est pas codifiée par un traité international, mais est utilisée par de nombreux États.
- Son objectif est l’identification anticipée des aéronefs approchant d’un territoire, afin de réduire les risques de méprise.
- Les avions y répondent normalement aux appels radio et transmettent leur plan de vol.
- La ZIDA ne confère pas de souveraineté supplémentaire au-delà de l’espace aérien national.
- Elle peut devenir un lieu de frictions si des patrouilles militaires étrangères s’y multiplient.
Face à ces intrusions, Séoul déclenche classiquement des vols d’interception pour escorter, surveiller, puis dissuader toute trajectoire ambiguë. Des messages radio sont adressés aux appareils, tandis que la posture de défense est ajustée au besoin.
Tensions régionales et arrière-plan stratégique
La multiplication de patrouilles sino-russes reflète un équilibre régional en recomposition, au moment où Washington, Tokyo et Séoul renforcent leur coordination. Pour la Corée du Sud, il s’agit de maintenir une forte vigilance tout en évitant l’escalade.
Selon les autorités sud-coréennes, un incident similaire s’était produit en novembre 2024, impliquant cinq avions chinois et six russes. Ce type d’activité montre une volonté de tester les dispositifs de surveillance et la réactivité des alliés.
Pour Pékin et Moscou, ces vols démontrent une interopérabilité croissante et un message de résilience face aux pressions occidentales. Ils servent également à cartographier les procédures adverses, tout en restant sous le seuil de provocation ouvertement agressive.
Du point de vue de Séoul, l’enjeu est d’articuler fermeté et sang-froid, en s’appuyant sur ses alliés et ses capacités de commandement et de contrôle. Les canaux de communication sont maintenus pour limiter les risques d’incident et préserver la stabilité.
Ce qui pourrait suivre
À court terme, de nouvelles patrouilles conjointes ne peuvent être exclues, Pékin et Moscou poursuivant leurs cycles d’exercices. Séoul pourrait intensifier ses vols de police du ciel et ajuster ses missions d’alerte précoce.
Des signaux diplomatiques sont également probables, sous forme de protestations ou de démarches formelles. Chacun des acteurs souhaite éviter une erreur de calcul, mais la fréquence des survols accroît la probabilité de frictions.
Au-delà de l’actualité immédiate, cet épisode illustre une période où la dissuasion, la transparence et la communication opérationnelle deviennent essentielles. La gestion de ces interactions dans la ZIDA sud-coréenne demeurera un baromètre de la sécurité régionale.