Pourquoi cette turbine change la donne
Avec l’AGT-110, la Chine franchit un cap industriel décisif et rejoint le cercle très restreint des nations capables de concevoir, produire et tester des turbines lourdes de A à Z. Cette machine de 110 MW, développée par l’Aero Engine Corporation of China (AECC), symbolise une souveraineté technologique nouvellement affirmée dans un secteur dominé jusqu’ici par des acteurs américains, japonais et européens. Elle s’inscrit dans une stratégie de long terme, visant à sécuriser la production d’électricité tout en réduisant la dépendance aux importations critiques.
Une conception 100 % nationale et 102 brevets clés
Le programme AGT-110, aussi appelé Taihang 110, est l’aboutissement d’un écosystème réunissant l’aéronautique, la métallurgie, la pétrochimie et l’ingénierie mécanique. Au cœur du projet, pas moins de 102 brevets couvrent des champs technologiques stratégiques : alliages résistants aux très hautes températures, procédés d’usinage et de fabrication intégrée, systèmes de refroidissement avancés, et commande intelligente de la combustion. Ces briques propriétaires permettent à la Chine de maîtriser les étapes critiques, du design des aubes jusqu’aux logiciels de pilotage, sans dépendre d’un savoir-faire étranger.
« L’enjeu n’est pas seulement la puissance, c’est la capacité à répéter le succès à l’échelle industrielle, avec une chaîne d’approvisionnement maîtrisée de bout en bout. »
Polyvalence énergétique et performances
L’AGT-110 est pensée pour une polyvalence maximale, capable de brûler du gaz naturel, du fioul ou des gaz à faible pouvoir calorifique. Elle s’intègre dans des centrales à cycle combiné, des unités de cogénération ou des centrales de pointe, selon les besoins du réseau. Son architecture met en avant un démarrage rapide, une maintenance réduite, et une optimisation pour les cycles thermiques combinés, avec une puissance qui peut monter jusqu’à environ 150 MW en mode combiné. Cette flexibilité répond aux contraintes d’un mix dominé par l’hydraulique, le solaire et l’éolien, où la stabilité de fréquence et la montée en charge rapide sont cruciales.
Un levier crédible pour la décarbonation
Selon AECC, l’adoption de cette turbine pourrait éviter plus d’un million de tonnes de CO₂ chaque année par rapport à une unité thermique classique de puissance équivalente. Le rendement en cycle combiné, la qualité de la combustion, et l’optimisation des pertes thermiques constituent des leviers concrets pour abaisser l’intensité carbone du réseau. En complément des renouvelables, un tel équipement apporte une inertie précieuse et une régulation fine, limitant le recours aux centrales les plus polluantes dans les périodes de pics de demande.
Tremplin vers l’hydrogène
AECC travaille déjà à des versions compatibles hydrogène, sans dégrader le rendement ni la stabilité de flamme. Les jalons portent sur le mélange air-hydrogène, la réduction des NOx et le pilotage en régime instationnaire. L’objectif est clair : préparer une plateforme apte à évoluer avec l’essor de la filière H₂, dès que l’approvisionnement bas-carbone et les cadres réglementaires seront assez mûrs. Cette trajectoire positionne la Chine sur un continuum technologique qui va du gaz naturel vers des combustibles plus propres, avec une réutilisation maximale des actifs existants.
Portée géopolitique et industrielle
Au-delà des chiffres, l’AGT-110 est une vitrine de souveraineté et un marqueur de puissance technologique. Peu de pays sont capables de qualifier une turbine lourde complète, en assurant le design, l’industrialisation et les campagnes d’essais de fiabilité. La Chine rejoint désormais ce club avec une solution multi-carburants, conçue pour la résilience des réseaux et la maîtrise des coûts sur le cycle de vie. Si la puissance unitaire est inférieure aux modèles phares de GE, Mitsubishi ou Siemens, la valeur est ailleurs : dans la capacité à itérer, à déployer, puis à monter en échelle.
Ce qu’il faut retenir
- Une turbine de 110 MW entièrement conçue et produite en Chine, validant des compétences de classe mondiale.
- Un portefeuille de 102 brevets couvrant matériaux, procédés de fabrication et contrôle numérique de la combustion.
- Une architecture multi-carburants, prête pour le cycle combiné et la cogénération, avec démarrage rapide et maintenance optimisée.
- Un potentiel de réduction de plus d’un million de tonnes de CO₂ par an face à une centrale thermique équivalente.
- Une trajectoire vers l’hydrogène, pour sécuriser l’évolution du mix et valoriser les infrastructures existantes.
Images issues de l’article d’origine
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En creux, cette turbine éclaire un moment charnière : la bascule d’une intégration technologique dépendante vers une capacité domestique complète, prête à soutenir l’expansion des renouvelables et l’essor de l’hydrogène, tout en consolidant la sécurité énergétique du pays.