La République dominicaine a confirmé une intervention des États-Unis contre une embarcation rapide chargée de cocaïne, interceptée au large de ses côtes. Selon les autorités antidrogue du pays, l’action a visé un bateau soupçonné d’acheminer près d’une tonne de stupéfiants par un couloir maritime fréquemment utilisé par les cartels. Washington affirme que l’opération s’est déroulée en eaux internationales, au terme d’un suivi de renseignement.
Les faits confirmés
Lors d’une conférence de presse, Carlos Devers, porte-parole de la direction antidrogue, a reconnu la coordination d’une frappe contre une vedette rapide détectée au sud de l’île Beata. Les autorités évoquent une intervention ciblée à environ 80 milles nautiques, une zone distante mais familière des flux de narcotrafic. Selon le récit présenté, l’embarcation transportait près de 1 000 kilos de cocaïne, conditionnés en ballots aux marquages jugés caractéristiques.
« frappe militaire aérienne des États-Unis contre une vedette rapide de narcoterroristes, transportant environ 1 000 kilos de cocaïne (…) à 80 milles nautiques au sud de l’île Beata », a déclaré le porte-parole, soulignant la coopération opérationnelle avec des partenaires étrangers. Les services de secours dominicains disent évaluer l’étendue des dégâts, sans bilan humain confirmé à ce stade.
Origine présumée de l’embarcation
Une source proche de l’enquête avance que le bateau venait « sans doute » du Venezuela, sur un itinéraire reliant La Guajira et les côtes dominicaines. Les réseaux exploitent des vedettes à grande vitesse, optimisées pour franchir la mer des Caraïbes en quelques heures. Les ballots saisis présentent des teintes et des rayures que certains spécialistes associent à des filières non colombiennes.
Cette hypothèse reste à vérifier, les autorités soulignant la nécessité d’examens techniques et d’analyses croisées avec des bases de données régionales. Les enquêteurs privilégient des méthodes de traçabilité sur les matériaux d’emballage, les additifs chimiques et les itinéraires récurrents.
Washington revendique et élargit sa campagne
Présente à la conférence de presse, une porte-parole de l’ambassade américaine a rattaché l’opération au message publié par Donald Trump sur Truth Social. Selon le chef de l’État, le navire empruntait un « couloir de narcotrafic » identifié, avec l’intention « d’empoisonner les Américains ». Ces déclarations s’inscrivent dans une série de frappes annoncées ces dernières semaines.
- 2 septembre: une première opération aurait causé 11 morts dans les Caraïbes.
- Quelques jours plus tard: une seconde frappe aurait tué trois « narcoterroristes » vénézuéliens, selon Washington.
- Plus récemment: une troisième embarcation aurait été neutralisée, sans détails publiés.
Parallèlement, les États-Unis ont déployé plusieurs navires de guerre dans la région, consolidant une posture de dissuasion. L’administration américaine accuse Nicolás Maduro de liens avec le narcotrafic et a promis une récompense de 50 millions de dollars pour des informations menant à son arrestation. Caracas dénonce un « plan impérial » et réclame la préservation de la paix par le dialogue.
Une légalité contestée
La multiplication de ces frappes suscite un vif débat juridique, certains experts y voyant un « permis de tuer » incompatible avec le droit international. En haute mer, les interventions armées sont strictement encadrées, et supposent l’accord de l’État du pavillon ou des fondements précis liés à la lutte contre la criminalité transnationale. Faute de transparence sur les règles d’engagement, la proportionnalité des moyens employés reste controversée.
Le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, a saisi l’ONU pour qu’elle enquête sur ces opérations annoncées par la Maison Blanche. Des ONG appellent à documenter la chaîne de ciblage, le recueil des preuves et la prise en compte du risque pour les civils en mer.
Enjeux régionaux et perspectives
Cette affaire illustre la fragilité des Caraïbes, espace traversé par des flux de drogue, d’armes et de capitaux illicites. Les routes maritimes s’étendent des côtes de la Colombie et du Venezuela vers Hispaniola, Porto Rico et la Floride, via des zones de faible surveillance. Les trafiquants privilégient des vedettes surmotorisées, au profil bas et aux cargaisons compartimentées, difficiles à intercepter sans moyens aériens ou navals conséquents.
Pour la République dominicaine, la priorité est de consolider la coopération judiciaire et le partage de renseignement avec ses partenaires régionaux. Les autorités promettent une exploitation minutieuse des indices, des entreposages et des points de transbordement. Les spécialistes prévoient une intensification des opérations mixtes, combinant radars côtiers, patrouilles maritimes et vecteurs aériens. La question clé demeure celle de la proportionnalité et du contrôle démocratique des frappes, afin d’éviter l’escalade et les dommages collatéraux.
Au-delà de l’actualité immédiate, l’équilibre entre sécurité publique et respect du droit international déterminera la crédibilité des opérations à venir. La pression sur les filières ne saurait se substituer à un travail de fond sur la corruption, le blanchiment et la prévention. Sans pistes judiciaires solides et coopération transfrontalière, les routes se déplacent, mais les cargaisons finissent, tôt ou tard, par revenir.