Pendant trois jours, la Royal Navy a suivi de près le Krasnodar, sous-marin russe de classe Kilo, depuis la mer du Nord jusqu’aux abords d’Ouessant. L’opération, menée sous haute vigilance, a mobilisé un navire ravitailleur britannique avec hélicoptère embarqué, et s’est déroulée au rythme d’une surveillance continue dans la Manche. Objectif: documenter chaque mouvement du submersible, tout en se tenant prête à toute évolution tactique.
Un suivi constant dans la Manche
Arrivés par la mer du Nord, le sous-marin Krasnodar et le remorqueur Altay ont franchi le détroit du Pas-de-Calais, axe maritime parmi les plus fréquentés du monde. Malgré une mer formée et des vents contrariants, le submersible a navigué en surface durant toute la traversée, limitant l’option d’une traque acoustique discrète. La Royal Navy a précisé être prête à « enclencher des opérations anti sous-marins » si l’unité avait choisi de plonger.
Coordination franco-britannique et relais de l’Otan
Aux abords d’Ouessant, point nodal des couloirs de navigation, les Britanniques ont transmis le suivi à un allié de l’Otan, illustrant la mécanique bien huilée de la coopération maritime européenne. La Marine nationale avait, elle aussi, assuré un suivi en surface par moyens navals et aériens, confirmant une vigilance partagée et récurrente. Ce type d’accompagnement conjoint n’est pas une première, et reflète une routine adaptée à la fréquence des transits russes en Atlantique.
Le profil discret du Krasnodar
Le Krasnodar, sous-marin diesel-électrique de classe Kilo, est réputé pour sa signature acoustique réduite, atout majeur dans des eaux à forte densité de trafic. Sa propulsion lui confère une discrétion notable à basse vitesse, compliquant le travail des sonars adverses. En navigation de surface, l’unité demeure toutefois plus facilement suivie, ce qui explique l’approche visible mais résolue des marines alliées. L’escorte du remorqueur Altay souligne les contraintes logistiques et de sécurité d’un long transit.
Pression stratégique et réponse britannique
L’incident s’inscrit dans une tendance plus large: Londres observe une hausse de 30 % de l’activité des sous-marins russes dans ses eaux au cours des deux dernières années. Pour y répondre, le ministre de la Défense John Healey a lancé un programme à plusieurs millions de livres, destiné à renforcer la lutte contre les menaces sous-marines. Le Royaume-Uni et la Norvège ont par ailleurs conclu un accord de coopération pour opérer une flotte de frégates dédiées à la traque en Atlantique Nord. Cette dynamique complète un effort plus vaste d’interopérabilité au sein de l’Alliance.
La dimension cyber s’invite dans la bataille
En parallèle, Westminster alerte sur une poussée de tentatives d’hameçonnage visant des élus via WhatsApp ou Signal, cherchant à extraire des informations sensibles ou compromettantes. Le National Cyber Security Centre coordonne la réponse avec les partenaires gouvernementaux, rappelant que le rapport de force s’étend bien au-delà de la mer. La guerre de l’information se noue désormais à la jonction du maritime, du numérique et du politique.
Enjeux opérationnels en eaux européennes
Alors que les flux marchands demeurent vitaux, la gestion des passages resserrés comme le Pas-de-Calais ou Ouessant exige une alerte constante et des protocoles éprouvés. L’épisode met en lumière la résilience du maillage allié, capable d’identifier, suivre et relayer sans rupture une unité étrangère en transit. Il souligne aussi l’importance d’une panoplie d’effets, de l’hélicoptère ASM aux capteurs côtiers, pour reconstituer la situation tactique.
- Protection des voies de communication maritimes et des infrastructures critiques
- Renforcement de l’interopérabilité entre marines alliées et partage de renseignement
- Modernisation des frégates et des moyens anti-sous-marins héliportés et aériens
- Vigilance accrue face aux stratégies hybrides mêlant actions navales et offensives cyber
- Communication publique mesurée pour éviter l’escalade tout en dissuadant les incursions
Une parole officielle mesurée
La Royal Navy a adopté un ton sobre mais ferme, rappelant qu’elle restait « prête à enclencher des opérations anti sous-marins » si la situation l’exigeait. Une déclaration qui assume la responsabilité de sécuriser un espace maritime congestif, sans chercher la provocation ni la surexposition. Elle confirme aussi la logique de « présence active » chère aux marines européennes, entre discrétion opérationnelle et clarté stratégique.
Un signal, pas un tournant
Au-delà de l’image d’un sous-marin « très furtif » suivi en Manche, l’affaire tient moins du coup d’éclat que de la normalité stratégique d’un théâtre contesté. Les Alliés démontrent leur capacité à coordonner un suivi précis, à réagir si nécessaire, et à intégrer le facteur cyber dans le calcul de la menace. Dans une période de tensions persistantes, chaque traque réussie rappelle que la sécurité européenne se joue autant dans la veille quotidienne que dans les annonces spectaculaires.