Guerre en Ukraine : du jamais-vu ! Kiev abat deux avions russes Be-12 « Chayka » évalués à 20 millions d’euros

25 février 2026

L’Ukraine a revendiqué la destruction de deux avions russes Be-12 Chayka en Crimée, un coup porté à l’appareil de surveillance maritime le plus emblématique de Moscou. Un succès à la fois militaire et symbolique, revendiqué par la Direction du renseignement militaire ukrainien (HUR), qui y voit un jalon inédit dans la guerre en cours. L’opération, estimée à près de 40 millions d’euros de dommages, intervient alors que l’Otan s’alarme des incursions aériennes russes au-dessus de l’Estonie.

Une frappe inédite et documentée

Selon le HUR, il s’agit de la première neutralisation confirmée d’un Be-12 depuis l’entrée en service de ce modèle dans les années 1960. Des images diffusées par les services ukrainiens montrent un drone en caméra embarquée percutant deux appareils à l’arrêt sur une base en Crimée. Le même communiqué signale également un coup au but contre un hélicoptère Mi-8, pris pour cible dans la même séquence.

L’opération aurait été menée par l’unité spéciale Prymary, surnommée « fantôme » en raison de ses actions furtives et répétées contre des infrastructures russes. « Il s’agit de la première frappe jamais menée contre un Be-12 dans l’histoire », affirme le HUR, mettant en avant la capacité ukrainienne à frapper au cœur d’un dispositif pourtant gardé par la défense antiaérienne russe.

Le Be-12 Chayka, un héritage coûteux

Conçu à l’époque soviétique, le Be-12 Chayka (désignation Otan « Mail ») est un avion amphibie anti-sous-marin, apte à décoller depuis la terre comme depuis la mer. Son envergure de 33 mètres et sa vitesse de plus de 600 km/h en font un plateforme robuste, pensée pour quadriller les zones maritimes. Il embarque des capteurs et des bouées acoustiques destinés à repérer les sous-marins, ainsi que des équipements de recherche et sauvetage.

Bien que sa production ait cessé depuis des décennies, l’appareil reste évalué à près de 20 millions d’euros pièce, en raison de son équipement spécialisé et de sa rareté. Moscou l’emploie régulièrement au-dessus de la mer Noire, où la surveillance anti-sous-marine et le contrôle des voies maritimes sont jugés cruciaux.

Impact opérationnel et message stratégique

La perte simultanée de deux cellules réduit la couverture de patrouille maritime de la Russie sur un théâtre vital. Au-delà du coût matériel, l’attaque expose la vulnérabilité d’actifs à forte valeur dans une zone supposée sécurisée par des défenses multicouches. Pour Kiev, frapper un appareil rare et coûteux envoie un message clair sur l’autonomie de ses capacités de drones et sur la porosité des lignes arrières adverses.

Ce type de succès pèse aussi sur la logistique russe, contrainte de disperser ses appareils, de durcir ses abris et de réallouer des moyens de protection. À terme, l’érosion de plateformes spécialisées oblige à des compromis opérationnels, notamment dans la lutte anti-sous-marine au large de la Crimée.

Répercussions en Crimée

Dans le même temps, des attaques de drones ont fait des victimes civiles dans la région de Foros. Le dirigeant local, Sergueï Axionov, a évoqué trois morts et seize blessés, en précisant que des bâtiments, dont un sanatorium et une école, avaient été endommagés. Le ministère russe de la Défense a, pour sa part, dénoncé une « attaque terroriste délibérée » et fait état de deux morts et quinze blessés dans un premier bilan.

Ces chiffres contradictoires illustrent le brouillard de guerre, où la bataille de l’information accompagne chaque frappe. Pour les civils de la péninsule, l’intensification des attaques rappelle la profondeur désormais atteinte par les moyens de frappe ukrainiens.

Une guerre des drones qui s’intensifie

La frappe contre les Be-12 confirme la montée en puissance des vecteurs sans pilote, désormais capables de combiner portée, précision et effet stratégique. Plusieurs tendances se dégagent, avec des conséquences directes sur le champ de bataille:

  • Durcissement des défenses aériennes russes autour des bases en Crimée.
  • Dispersion et camouflage accrus des appareils à haute valeur.
  • Pression financière via la destruction de cibles coûteuses par des drones bien moins onéreux.
  • Accélération du cycle « détection-frappe-diffusion » grâce aux capteurs et à la guerre de l’information.
  • Renforcement de la coopération alliée autour de la surveillance de la mer Noire.

En érodant des capacités de niche comme l’anti-sous-marin, Kiev cherche à réduire la liberté d’action maritime de Moscou, tout en démontrant la pertinence de sa doctrine de frappes profondes.

Images et éléments visuels

Les images publiées par le HUR via Ukrinform montrent le drone percutant les appareils à l’arrêt, séquence devenue virale sur les réseaux.

En capitalisant sur l’effet visuel et la diffusion rapide des preuves de frappe, Kiev renforce la dimension psychologique de ses opérations. La séquence des Be-12, rare et spectaculaire, matérialise une mutation du rapport de forces: celle où des drones relativement abordables peuvent infliger des pertes stratégiques à un adversaire mieux doté.

Catégories Air
Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.