La fusée française Thoundart dévoilée comme alternative à plus longue portée à HIMARS

6 Décembre 2025

La société européenne de missiles MBDA a présenté pour la première fois un exemple de sa fusée sol-sol Thundart, résultat d'un programme de développement rapide alors que la France cherche à étendre considérablement la portée de ses capacités de frappe au sol. Présenté comme une alternative produite dans le pays au système de fusée à haute mobilité de l'armée américaine (HIMARS), Thoundart reflète l'intérêt croissant, en particulier en Europe, pour les tirs de précision à longue portée.

Une première photo de la fusée d'artillerie guidée Thundart 227 mm, en l'occurrence un tir d'essai, a été publiée hier sur X par MBDA. Le 4 décembre est la fête de Sainte Barbe, reconnue en France (et ailleurs) comme la patronne des artilleurs, entre autres.

5h : réveil du colonel 🛎️
Champagne & sardines 🥂
Obus de 43 kg 💪
Pendant ce temps, #THUNDART se prépare : 150 km de portée, précision renforcée.
Bonne #SainteBarbe à tous les artilleurs !@SAFRAN pic.twitter.com/002D0QO1rO

–MBDA France (@MBDAFrance) 4 décembre 2025

Le Thundart est issu du programme Long-Range Land Strike (FLP-T), lancé en 2023 par la DGA. Dans le but de développer une capacité de frappe tactique d'une portée de 150 kilomètres, le programme FLP-T associe deux équipes industrielles : MBDA et Safran, responsable de Thundart, et une autre regroupant Thales et ArianeGroup. Peu de détails sont disponibles sur cet effort rival.

Les travaux sur Thundart ont débuté fin 2023 et ont été présentés pour la première fois sous forme de maquette au salon de la défense d'Eurosatory en juin 2024. Le package de guidage serait très similaire à ce que Safran produit pour ses bombes assistées par fusée AASM Hammer. Toutes les versions du Hammer sont équipées d'un ensemble de guidage de système de navigation inertielle (INS) assisté par GPS conçu pour frapper des cibles statiques. Mais il existe également des options de guidage multimodes qui ajoutent des modes de référencement infrarouge ou laser semi-actif. Le guidage multimode permet aux armes d'être utilisées contre des cibles mobiles et améliore la précision globale, en particulier dans les environnements refusés par le GPS.

Le système de conduite de tir sera quant à lui dérivé de celui utilisé dans l'obusier automoteur CAESAR de l'armée française. Le Hammer et le CAESAR ont fait leurs preuves au combat en Ukraine.

FLP-T demande à chaque équipe des solutions techniques qui pourront être testées lors de tirs de démonstration d'ici mi-2026, après quoi le gouvernement français décidera quelle solution privilégier ou s'il achètera plutôt du matériel standard.

Ce calendrier particulièrement ambitieux repose sur la nécessité urgente de remplacer les Lance-Roquettes Unitaires (LRU) actuelles de l'armée française, une version modifiée du système de fusées à lancement multiple M270 (MLRS). Le M270 peut tirer des roquettes d'artillerie de 227 mm, ainsi que des missiles balistiques à courte portée ATACMS, mais la version française n'utilise que les roquettes.

Un système de lance-roquettes multiples MLRS de l'armée française tire une roquette lors de "EAGLE ROYAL 23", un exercice conjoint roumain, français et américain sur le champ de tir de Capu Midia, au nord de Constanta, au bord de la mer Noire, le 9 février 2023. - L'objectif de l'exercice EAGLE ROYAL 23 est de tester l'interopérabilité des systèmes d'artillerie (Photo de Daniel MIHAILESCU / AFP) (Photo de DANIEL MIHAILESCU/AFP via Getty Images)

Les roquettes d'artillerie à plus longue portée actuellement disponibles pour le MLRS sont guidées par GPS/INS et peuvent atteindre des cibles jusqu'à environ 43 miles (70 kilomètres). Les missiles ATACMS, bien plus gros, peuvent attaquer des menaces jusqu'à 300 kilomètres, selon la variante.

Les neuf systèmes LRU de l'Armée française devraient être retirés du service en 2027.

Selon Actualités de la Défensele plan de dépenses de défense de la France pour 2024 à 2030 prévoit un budget de 600 millions d'euros (663 millions de dollars) pour le programme FLP-T et vise à acheter au moins 13 systèmes d'ici 2030 et 26 systèmes pour équiper un bataillon d'ici 2035.

Le chef d’état-major de l’armée française a estimé que la nouvelle capacité de frappe tactique à longue portée est « essentielle », et les politiques et les militaires font pression pour acquérir une option développée au niveau national.

Reste cependant à savoir si une arme développée en France, à savoir le Thundart ou son rival, pourra obtenir de nombreuses autres commandes, au moins en Europe.

Certains pays restent attachés aux produits fabriqués aux États-Unis.

Le Royaume-Uni a commandé davantage d'exemplaires du MLRS pour l'armée britannique. Parallèlement, le pays s’intéresse également aux besoins futurs, notamment potentiellement à un nouveau missile balistique de champ de bataille, une classe d’armes qu’il a déployée pour la dernière fois pendant la guerre froide.

Le MOD lance NIGHTFALL, une quête d'un missile balistique à très faible coût. Au moins 2 de ces armes, d'une charge utile de 300 kg, doivent être tirées depuis un seul véhicule (M270 ?) et atteindre 600 km. La fusée (sans compter l’ogive, curieusement) ne devrait pas coûter plus d’un demi-million. pic.twitter.com/rJuNa2fy16

-Gabriel Molinelli (@Gabriel64869839) 27 août 2025

Entre-temps, le HIMARS a été acquis par l'Estonie, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie.

Le lance-roquettes multiple PULS (Precise and Universal Launch System), de fabrication israélienne, a été sélectionné par le Danemark, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Espagne. PULS a une autonomie allant jusqu'à 186 miles (300 kilomètres), selon le fabricant Elbit Systems.

L'Allemagne poursuit également une version européanisée du PULS, dans le cadre d'une collaboration entre KNDS et Elbit, tandis que Rheinmetall s'est associé à Lockheed Martin pour développer le Global Mobile Artillery Rocket System (GMARS), un lance-roquettes multiples à roues similaire au MLRS.

Des percées ont également été réalisées en Europe par la société sud-coréenne Hanwha Aerospace, qui produit le Chunmoo, acheté par la Pologne dans le cadre d'une importante vague de dépenses de défense, dans laquelle les produits sud-coréens occupent une place importante. La version polonaise du Chunmoo est le Homar-K, avec une autonomie maximale d'environ 180 miles (290 kilomètres), selon le constructeur. La Pologne utilise également le HIMARS de fabrication américaine.

Dernières nouvelles !
Super nouvelle mes frères polonais !
Les images du missile balistique CTM-290 destiné à la Pologne viennent d'être révélées pour la première fois. Le missile a été lancé depuis Homar-K devant des responsables du gouvernement polonais. La portée et les performances de l'ogive du missile CTM-290 sont les mêmes que… pic.twitter.com/Pzp35FALlo

– Maçon ヨンハク (@mason_8718) 24 avril 2024

Cela laisse la Norvège et la Suède comme les deux principaux pays européens qui envisagent d'acquérir de nouveaux systèmes d'artillerie à fusée, même s'il est douteux que le résultat du programme FLP-T soit prêt à temps pour répondre à ces exigences nordiques.

D’un autre côté, il y a certainement une tendance croissante au sein de l’Union européenne à « acheter local », plutôt que de dépendre des États-Unis pour ses principaux besoins en armes. C’est une voie que la France suit depuis un certain temps, mais l’option d’une alternative entièrement européenne à HIMARS pourrait tomber à point nommé, compte tenu des vents politiques changeants sur le continent.

Thundart sera également indépendant des restrictions américaines à l’exportation. Plus précisément, il ne sera pas couvert par l'International Traffic in Arms Règlements (ITAR) du gouvernement américain. Un système d'artillerie à fusée guidée « sans ITAR » serait exportable vers n'importe quel pays sans avoir besoin de l'approbation des États-Unis, ce qui crée souvent des obstacles supplémentaires pour les pays tiers.

Il existe également des possibilités de développement d’artillerie à fusée guidée qui pourraient être poursuivies dans le prolongement du programme FLP-T.

Le ministère français de la Défense recherche également un système à plus longue portée, utilisant peut-être des missiles hypersoniques, qui pourraient avoir une portée comprise entre 311 et 621 milles (500 et 1 000 kilomètres). La DGA a demandé aux deux consortiums du programme FLP-T d'étudier le coût et la faisabilité d'un tel système.

Par ailleurs, la France est également impliquée dans l’approche européenne de frappe à longue portée (ELSA). Cette initiative a été lancée par la France, l'Allemagne, l'Italie et la Pologne, suivie par la Suède et le Royaume-Uni.

L’effort ELSA appelle au développement d’une nouvelle capacité de « frappes à longue portée », bien que le type d’arme recherché ne soit pas mentionné.

En fin de compte, il semble qu’ELSA cherchera à fournir une arme d’une portée comprise entre 621 et 1 243 milles (1 000 et 2 000 kilomètres), ce qui signifie qu’il pourrait y avoir un certain chevauchement avec le système à plus longue portée envisagé comme successeur du FLP-T.

ELSA prévoit que les systèmes seront mis en service entre 2030 et 2035, et MBDA a déjà proposé son système Land Cruise Missile (LCM), une version au sol du Naval Cruise Missile (NCM) de l'entreprise, comme solution à court terme. Vous pouvez en savoir plus ici.

MBDA présentera ses #LCM système pour la première fois au cours @cogeseurosatoire. Cette Deep Precision Strike souveraine lancée au sol #capacité est conçu pour répondre aux besoins de l’environnement stratégique sur le champ de bataille.
🗞️ Lire le communiqué : https://t.co/ZSzURDUKO3 pic.twitter.com/Yw3tSqPWp7

– MBDA (@MBDAGroup) 18 juin 2024

Pour en revenir à la France, la guerre en Ukraine et l’évolution de la situation sécuritaire en Europe soulignent la nécessité de disposer de capacités de frappe terrestres d’une portée bien supérieure aux quelque 70 kilomètres environ atteints par le MLRS actuel.

Outre une plus grande portée, le programme FLP-T vise à doter l'armée française d'un système offrant une puissance de feu accrue, une capacité de saturation renforcée et une plus grande réactivité, y compris contre des cibles en mouvement. D'autres caractéristiques clés incluront une mobilité élevée, avec un châssis capable tout-terrain, et un plus grand degré d'autonomie en termes d'infrastructure et d'actifs de support.

Un autre facteur de plus en plus important, notamment en ce qui concerne les munitions de précision à distance, est la capacité de se procurer des armes de ce type à un coût relativement faible et d’augmenter la production, lorsque cela est nécessaire, pour répondre aux exigences de situations d’urgence de haut niveau. Le coût unitaire prévu du système qui sera sélectionné dans le cadre du programme FLP-T n'a pas été révélé. Cependant, MBDA affirme que ses usines de la région Centre-Val de Loire sont déjà « prêtes à produire en masse des munitions tactiques dans ce format ».

Une fois de plus, le calendrier très ambitieux du programme FLP-T fait que l'on peut se demander si la France optera finalement pour Thundart, la solution rivale de Thales/ArianeGroup, ou si elle optera pour un système standard à moindre risque. Quoi qu’il en soit, le fait que la France ait un besoin si urgent d’une arme de cette classe souligne encore davantage l’intérêt croissant pour les capacités de frappe à distance basées au sol, tant en Europe qu’ailleurs.

Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.