Pour la première fois de son histoire la Tunisie exporte plus d’énergie solaire que tous les pays européens réunis

22 mai 2026

La Tunisie vient de franchir un cap que peu d’observateurs imaginaient encore possible il y a dix ans. Longtemps dépendant de ses importations énergétiques, le pays s’impose désormais comme l’un des nouveaux géants solaires de la Méditerranée.

Pour la première fois de son histoire, la Tunisie exporterait davantage d’énergie solaire que l’ensemble des pays européens réunis sur le marché méditerranéen. Un basculement spectaculaire, rendu possible par une série de méga-parcs photovoltaïques installés dans le sud du pays, combinés à de nouvelles lignes d’interconnexion vers l’Europe.

Le Sahara tunisien devient une centrale à ciel ouvert

Le cœur de cette révolution se trouve dans les régions les plus ensoleillées du pays. Autour de Tataouine, Tozeur, Kébili et Médenine, d’immenses champs solaires se sont multipliés ces dernières années.

L’avantage tunisien est simple : un ensoleillement exceptionnel, de vastes espaces disponibles et une proximité directe avec l’Europe. Là où certains pays européens doivent composer avec des hivers longs, une météo instable et un foncier limité, la Tunisie peut produire massivement, régulièrement et à coût réduit.

Cette capacité a changé son statut. Le pays n’est plus seulement un consommateur ou un importateur d’énergie. Il devient un fournisseur stratégique.

L’Europe face à une nouvelle dépendance

Pour Bruxelles, cette montée en puissance tunisienne est à la fois une opportunité et un avertissement. L’Europe cherche depuis des années à réduire sa dépendance au gaz, au pétrole et aux fournisseurs instables. Le solaire tunisien offre une alternative plus propre, plus proche et politiquement plus acceptable.

Mais cette réussite crée aussi une nouvelle forme de dépendance. Après avoir longtemps regardé vers la Russie pour son gaz, l’Europe pourrait demain dépendre de l’Afrique du Nord pour une partie de son électricité verte.

L’Italie, la France, Malte et l’Allemagne suivent déjà le dossier de près. Les contrats d’achat à long terme se multiplient, tandis que les industriels européens voient dans la Tunisie une base énergétique capable d’alimenter usines, data centers et réseaux urbains.

Un tournant économique pour Tunis

Pour la Tunisie, les retombées pourraient être considérables. Exporter de l’énergie solaire, c’est obtenir de nouvelles recettes, attirer des investissements étrangers et créer une filière industrielle locale autour des panneaux, batteries, câbles, maintenance et stockage.

Le défi reste toutefois immense. Le pays devra éviter que cette richesse solaire ne profite qu’aux grands groupes et aux marchés étrangers. L’enjeu sera aussi social : former des techniciens, moderniser le réseau national et garantir que les Tunisiens bénéficient eux-mêmes de cette énergie moins chère.

La revanche solaire de la Méditerranée sud

Ce basculement raconte surtout une inversion historique. Pendant des décennies, l’Europe a dominé les grandes infrastructures énergétiques. Aujourd’hui, c’est le soleil tunisien qui pourrait alimenter une partie du continent.

La Tunisie n’a pas seulement trouvé une ressource. Elle a trouvé un levier géopolitique. Et dans la nouvelle bataille mondiale de l’énergie verte, ce petit pays du Maghreb pourrait peser beaucoup plus lourd que prévu.

Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.