Les canons antiaériens Skyguard de Taiwan sont désormais équipés de filets anti-drones

8 juillet 2026

Les filets et cages anti-drones deviennent rapidement aussi omniprésents que les drones qu’ils sont censés arrêter, apparaissant sur les champs de bataille d’aujourd’hui, au-dessus des routes, autour des bâtiments, au sommet des véhicules blindés et même pour protéger les navires de guerre. Un exemple récent vient de Taïwan, où les canons anti-aériens ont été enfermés dans des filets pour aider à se défendre contre la menace croissante des attaques de drones des forces chinoises.

Une image, fortement retouchée, qui a commencé à circuler récemment montre une paire de Skyguard de l’armée de l’air de la République de Chine (ROCAF) remorqués par des canons antiaériens de 35 mm à double canon avec des structures géodésiques en treillis en forme de dôme au-dessus d’eux, recouverts d’un filet anti-drone. Les canons jumeaux font saillie à l’air libre pour fournir un dégagement. La conception semble principalement destinée à vaincre les petits drones de type FPV qui tentent de plonger directement sur les canons.

Le ROCAF exploite environ 24 de ces systèmes de fabrication suisse, notamment la version GDF-006. Ils sont fréquemment déployés pour protéger les bases aériennes taïwanaises, ce qui pourrait bien être le cas ici aussi.

Le fait que le ROCAF se donne la peine de protéger le Skyguard des drones (au moins plus petits, de type FPV) est significatif.

Bien qu’il s’agisse d’un héritage de la guerre froide, le système fabriqué en Suisse reste l’une des armes de défense ponctuelle les plus efficaces de Taiwan contre exactement le type de menaces aériennes qui ont proliféré ces dernières années, notamment les drones et les missiles de croisière.

Le ROCAF exploite environ 24 de ces systèmes, notamment la version GDF-006. Ils sont fréquemment déployés pour protéger les bases aériennes taïwanaises, ce qui pourrait bien être le cas dans ce cas précis. Il serait essentiel de les maintenir opérationnels pendant un conflit, ce qui en ferait des candidats logiques pour une protection physique supplémentaire contre les attaques de drones.

En particulier, le Skyguard guidé par radar peut engager des drones en utilisant des munitions Advanced Hit Efficiency and Destruction (AHEAD). Ces obus aériens programmables libèrent un nuage de sous-projectiles juste devant la cible, augmentant considérablement la probabilité de tuer des menaces aériennes petites, lentes et manœuvrantes. Ils sont également efficaces contre les missiles de croisière, les roquettes et les projectiles de mortier. En plus d’améliorer la létalité et les excès de vitesse, l’effet d’explosion aérienne réduit également le risque de dommages collatéraux au sol.

En tant que tel, le Skyguard reste en service au ROCAF aux côtés de systèmes de défense aérienne plus modernes dans le cadre du réseau de défense aérienne intégré à plusieurs niveaux de Taiwan. Parmi les autres systèmes au sol déployés par l’armée de l’air figurent le Patriot de fabrication américaine et la famille indigène Tien Kung (Sky Bow) pour la défense aérienne et antimissile balistique à longue portée. À l’extrémité inférieure, les lanceurs de missiles sol-air Sparrow peuvent être intégrés au radar et au système de contrôle de tir du Skyguard pour fournir une autre couche de protection. Taïwan a officiellement retiré le dernier de ses systèmes de missiles sol-air HAWK en 2023, avant d’en faire don à l’Ukraine.

Comme nous l’avons signalé par le passé, Taiwan s’apprête également à acquérir le système national avancé de missiles sol-air (NASAMS), éprouvé au combat, après que les États-Unis ont approuvé sa vente au pays en 2024. Comme nous l’avons examiné précédemment, le système à moyenne portée est particulièrement bien adapté pour vaincre les missiles de croisière et les drones d’attaque à sens unique. Il présente également l’avantage non négligeable d’être alimenté par le stock commun de missiles air-air avancés à moyenne portée (AMRAAM) AIM-120 qui équipent déjà de nombreux avions de combat de la ROCAF.

Pendant ce temps, l’armée de la République de Chine déploie une gamme encore plus large de systèmes de défense aérienne au sol, y compris davantage d’équipements mobiles et de systèmes de défense aérienne portables (MANPADS). Les unités anti-aériennes de l’armée de la République de Chine sont également équipées de canons anti-aériens, à savoir le canon anti-aérien remorqué T-82T de 20 mm à double canon de fabrication locale, basé sur le M39 développé pour l’US Air Force à la fin des années 1940.

Le système de défense aérienne intégré à plusieurs niveaux de Taiwan est un élément essentiel de la capacité de l’île à résister à toute attaque aérienne de la Chine, si jamais Pékin devait passer à l’offensive contre l’île. Alors que la Chine accroît rapidement la quantité et la sophistication de ses capacités sans pilote, même les moyens de défense aérienne eux-mêmes sont de plus en plus vulnérables aux attaques de drones.

La protection du Skyguard avec des filets reflète cette menace évolutive. Les drones chinois de tous types seraient utilisés non seulement pour des missions d’attaque à sens unique, mais également pour la collecte de renseignements, l’acquisition de cibles pour des frappes à distance, le relais de communications et la guerre électronique. Des essaims de drones bon marché pourraient également être utilisés pour saturer les défenses taïwanaises, exposant ainsi les principaux moyens de défense aérienne aux attaques tout en les obligeant à dépenser de précieuses munitions.

Une vidéo montrant une expérience d’essaim de drones chinois impliquant des munitions errantes lancées depuis un véhicule tactique léger :

Les bases aériennes de Taiwan figureraient parmi les cibles les plus prioritaires de Pékin dans tout conflit. Le ROCAF se prépare déjà à cette éventualité en s’exerçant régulièrement à partir d’aérodromes secondaires et de pistes routières. Toutefois, partout où des avions de la ROCAF sont déployés, des systèmes de défense aérienne comme le Skyguard seraient essentiels pour protéger ces emplacements.

Même en temps de paix, Taïwan est confronté à la menace des drones, notamment au-dessus des îles situées extrêmement proches du continent chinois. En 2022, de multiples incursions ont amené l’armée taïwanaise à annoncer qu’elle abattrait des véhicules aériens sans équipage qui ne répondraient pas à ses avertissements, menace qu’elle a rapidement mise à exécution. Ces mesures sont intervenues après que les autorités taïwanaises ont annoncé qu’elles déploieraient sur tout leur territoire des systèmes de défense contre les drones développés au niveau national, et à la suite d’une rencontre très publique entre un drone chinois et deux soldats taïwanais, comme vous pouvez en savoir plus ici.

Images filmées depuis un drone chinois, montrant des sentinelles taïwanaises lançant des pierres ou d’autres objets sur le drone :

À ce stade, il convient également de rappeler d’autres efforts considérables déployés par Taiwan pour garantir que ses moyens militaires puissent survivre à une éventuelle invasion depuis le continent chinois. Dans le passé, nous avons observé comment des chars et autres véhicules blindés taïwanais étaient cachés dans des environnements urbains en utilisant des méthodes de camouflage ingénieuses, notamment en les cachant sous des déchets et en les faisant ressembler à du matériel de construction civil.

Entre-temps, qu’ils soient déployés sur les routes, les chars, les positions d’artillerie ou les navires de guerre, les filets anti-drones sont devenus un élément visuel déterminant de l’ère des drones. Leur adoption par la ROCAF pour protéger ses canons Skyguard montre que même les systèmes de défense aérienne dédiés, adaptés à l’abattage de petits drones, sont loin d’être à l’abri des attaques de ces menaces.

Merci à Taepodong de nous avoir alerté de cette histoire.

Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.