La France accélère la mise à niveau du Rafale F5 après l’effondrement du projet de chasseur de nouvelle génération FCAS

11 septembre 2026

La France accélère les travaux sur le standard Rafale F5, avançant le développement d’une nouvelle configuration majeure de son avion de combat à un moment où le chasseur de nouvelle génération prévu par le pays avec l’Allemagne s’est effectivement effondré dans sa forme originale. Les contrats portent sur les équipements jugés présentant le risque technique le plus élevé, en avance sur le contrat global de développement de la norme F5, attendu pour la fin de cette année.

La Direction générale de l’armement (DGA) a commandé les premiers travaux de développement en amont du F5 auprès de Dassault Aviation, Thales, MBDA et Safran. Les contrats couvrent des domaines clés tels que la navigation, les liaisons de données, le radar, la guerre électronique et la propulsion, jetant les bases de la prochaine configuration du Rafale, dont l’entrée en service dans l’armée de l’air et de l’espace française et dans la marine française est prévue à partir de 2033 environ.

Modernisation la plus poussée du Rafale à ce jour, le standard F5 s’inscrivait à l’origine dans le cadre d’une transition plus longue vers la capacité aérienne de combat de nouvelle génération de la France. Mais avec l’effort franco-allemand de chasseurs de nouvelle génération (NGF) désormais mort dans sa configuration d’origine, le programme accéléré F5 assume un rôle stratégique beaucoup plus important.

Plutôt que de simplement maintenir le Rafale pertinent jusqu’à l’arrivée du NGF, la France développe actuellement une version de l’avion qui devrait transporter une grande partie de la capacité aérienne de combat haut de gamme du pays jusque dans les années 2030 et potentiellement au-delà.

Le F5, de plus en plus performant, pourrait, à son tour, réduire l’urgence de trouver un remplaçant au Rafale – tout en augmentant potentiellement l’attrait de l’avion de chasse à l’exportation. Après un démarrage lent, Dassault a enregistré des ventes à l’exportation de 299 Rafale neufs vers huit pays.

Les contrats de la DGA mobilisent quatre des principaux acteurs industriels français de l’aviation de combat. Dassault Aviation reste responsable de l’avion et de son intégration globale ; Thales est impliqué dans d’importantes capacités de détection, de guerre électronique et de communication ; MBDA est responsable d’une grande partie du système d’armes ; et Safran est responsable de la propulsion.

Les normes précédentes du Rafale consistaient en grande partie en des mises à niveau incrémentielles, axées sur les logiciels et d’autres améliorations de la configuration existante de l’avion. F5 est nettement plus étendu, traitant de nombreux systèmes critiques qui déterminent la façon dont l’avion détecte l’espace de combat, communique avec d’autres plates-formes, mène la guerre électronique et génère la puissance nécessaire pour faire fonctionner des équipements de plus en plus exigeants.

La DGA a notamment identifié le radar Thales RBE2-XG comme l’une des avancées technologiques majeures associées au F5.

Le RBE2-XG devrait comporter des semi-conducteurs en nitrure de gallium (GaN). Par rapport à la technologie précédente, le GaN génère moins de chaleur et a la capacité de fonctionner à des tensions plus élevées, ce qui signifie que la puissance de sortie peut être augmentée, tandis que la taille des composants peut être réduite. Dans l’ensemble, l’utilisation du GaN devrait permettre d’obtenir plus de puissance du radar sans augmenter sa taille.

Selon la DGA, « ce nouveau radar bénéficiera d’une augmentation substantielle de puissance, et par conséquent de portée de détection, ainsi que d’améliorations dans l’identification des cibles à section efficace radar (RCS) extrêmement faible. Ses capacités de calcul seront également renforcées pour faciliter l’intégration de l’intelligence artificielle. »

Le RBE2-XG sera également « conçu pour le combat collaboratif, doté de capteurs capables de travailler ensemble sans nécessiter l’intervention du pilote ». Il est également prévu d’avoir une résilience renforcée, notamment face aux cybermenaces.

La France travaille déjà sur le concept d’un drone de combat pour accompagner le Rafale, le futur standard F5 fournissant l’avion avec équipage autour duquel ces systèmes pourront opérer.

Le nouveau radar sera combiné avec un équipement de guerre électronique plus performant, des communications et des liaisons de données améliorées, une capacité de traitement étendue et un système de propulsion plus performant.

Développée par MBDA et Thales, la prochaine version F5 de la suite d’autoprotection SPECTRA vise à améliorer considérablement les capacités de détection et de brouillage, indique la DGA, « grâce à une approche entièrement numérique, permettant une refonte complète du système de guerre électronique pour contrer la densité et l’élargissement croissants du spectre des menaces, ainsi que la complexité croissante des formes d’onde des menaces, attendues d’ici 2035 ».

Thales sera également responsable du nouveau système de liaison de données inter-véhicules (IVDL), décrit comme une « liaison de données furtive et résiliente ». La DGA affirme que la nouvelle liaison de données élargira la connectivité « grâce à une nouvelle forme d’onde à haut débit, discrète et résistante au brouillage. L’IVDL permettra au Rafale de pénétrer dans des zones hostiles où les brouilleurs sont répandus, tout en maintenant une qualité optimale de communication et de dialogue entre les avions ».

Safran va entamer les travaux de conception préliminaires du moteur M88 T-Rex, qui devraient augmenter la poussée du turboréacteur d’environ 16 500 livres à près de 19 850 livres, soit une augmentation d’environ 20 pour cent.

En matière d’armement, l’annonce du contrat mentionne le missile ASN4G, dont la mise en service est prévue d’ici 2035, qui permettra au Rafale F5 de continuer à servir de composante nucléaire aéroportée. La munition en est encore aux premiers stades de développement, mais elle sera capable d’atteindre des vitesses hypersoniques – définies comme des vitesses supérieures à Mach 5 – avec une portée supérieure à 1 000 kilomètres (621 miles).

D’autres nouveaux missiles probables incluent un missile air-air au-delà de la portée visuelle qui succédera à l’actuel Meteor. Comme vous pouvez le lire ici, le programme français Comet, apparemment dirigé par la partie française de MBDA, étudie déjà cette exigence, avec un plan apparent pour introduire l’arme vers 2030.

Une ancienne vidéo de MBDA montrant certaines des armes de l’entreprise intégrées sur les versions antérieures du Rafale :

Pour la France, la logique initiale du programme paneuropéen FCAS était que le Rafale cèderait à terme la place au NGF comme principal avion de combat avec équipage, opérant à partir de bases terrestres et de porte-avions.

Avec l’échec de l’effort franco-allemand, la France ne peut plus se contenter d’attendre un programme de chasseurs de nouvelle génération dont l’avenir industriel et politique est incertain. Au lieu de cela, le Rafale doit rester capable de faire face à des menaces en évolution rapide tout au long des années 2030 et au-delà.

Avec la norme F5, la France cherche cependant à intégrer certains des concepts envisagés pour le NGF. Il s’agit notamment d’architectures distribuées dans lesquelles des chasseurs avec équipage, des avions sans équipage, des porte-avions distants, des missiles et des capteurs externes coopèrent dans un espace de combat.

Un Rafale hautement amélioré, fonctionnant comme contrôleur avec équipage d’avions de combat sans équipage et d’armes télécommandées, pourrait effectuer certaines des missions que la France attendait initialement du NGF.

Pour l’instant, F5 élude également le problème central de l’effort franco-allemand aujourd’hui disparu : la question de savoir si les deux pays pourraient s’entendre sur les exigences, la structure industrielle et le partage du travail derrière un avion de combat de nouvelle génération.

Malgré ses avancées, la cellule F5 reste dérivée d’une conception datant des années 1980, entrée en service en France au début des années 2000. En particulier, il est bien en deçà des conceptions de cinquième génération – sans parler de celles de sixième génération – en termes de faible observabilité. C’est un domaine dans lequel les drones collaboratifs pourraient potentiellement contribuer à compenser les limites inhérentes au Rafale.

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La France a donc gagné du temps avec le programme F5. Mais il pourrait éventuellement décider qu’il a besoin d’un futur chasseur avec équipage haut de gamme pour fournir des capacités qu’une cellule améliorée de quatrième génération ne peut pas entièrement reproduire, notamment en termes de capacité de survie contre des systèmes de défense aérienne intégrés avancés, de réduction de signature, de transport d’armes internes et d’opérations au cœur d’un espace aérien fortement contesté.

Sur le plan industriel, F5 est également significatif car il rassemble les mêmes poids lourds industriels français qui auraient constitué l’épine dorsale de son effort FCAS. Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA sont désormais bien placés pour travailler ensemble sur tout ce qui suivra F5, qu’il s’agisse d’un avion de combat avec équipage, de plates-formes sans équipage de type CCA, ou d’une combinaison des deux. Sur la base de son expérience avec le programme nEUROn, la France serait bien placée pour développer un UCAV capable de fonctionner de manière coopérative et indépendante, en prenant en charge l’ensemble des missions de chasseur à pénétration plus profonde et en sautant potentiellement un chasseur de sixième génération.

https://www.youtube.com/watch?v=frNsu7g7r94

Dans le même temps, le succès du F5 – et, en particulier, de l’écosystème de combat plus large prévu autour de celui-ci – pourrait placer la France dans une position encore plus forte lorsqu’il s’agira de tout futur projet de chasseur européen.

Pour le moment, la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon poursuivent la voie GCAP/Tempest vers un nouvel avion de combat. L’Allemagne et l’Espagne restent liées à l’architecture plus large du FCAS, même si l’accord initial franco-allemand du NGF s’est fracturé. La position de la Suède est moins claire, avec des indications selon lesquelles elle pourrait collaborer soit avec la France, soit avec l’Allemagne.

La France, de son côté, investit désormais massivement dans une architecture Rafale de plus en plus sophistiquée tout en conservant sa propre base industrielle souveraine.

En termes d’acquisition, la France devrait adopter une approche mixte, en achetant des Rafale neufs tout en modernisant les avions adaptés déjà en service au standard F5. Il est cependant peu probable que les jets les plus anciens reçoivent le traitement F5 complet.

L’ironie est que l’échec des efforts du NGF pourrait finalement rendre le Rafale F5 plus important – et potentiellement plus performant – qu’on ne l’avait jamais imaginé.

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Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.