Un char de combat principal provisoire dévoilé alors que le futur projet de char européen échoue

16 juin 2026

L’entreprise franco-allemande KNDS a présenté un nouveau char de combat principal, qu’elle propose à la France en remplacement provisoire de sa flotte Leclerc. Ce développement intervient alors que la France reconnaît qu’elle aura besoin d’un successeur de Leclerc avant que le système de combat terrestre principal (MGCS) de nouvelle génération ne soit disponible. Ce programme conjoint franco-allemand est compliqué et déjà retardé, alors que l’Europe dans son ensemble est de plus en plus consciente du besoin de chars et d’autres véhicules blindés performants à mesure que la menace russe augmente et que la confiance dans le soutien militaire américain diminue.

Le char CAPINT proposé a été dévoilé cette semaine au salon de la défense d’Eurosatory, à la périphérie de Paris.

L’Europe dispose actuellement de quatre grands axes d’efforts de développement pour les futurs chars de combat principaux (à l’exclusion du Royaume-Uni), allant des programmes multinationaux aux développements nationaux. Le paysage est devenu beaucoup plus fragmenté au cours des deux dernières années, à mesure que les pays ont de plus en plus compris l’urgence de déployer des véhicules blindés de nouvelle génération.

Le plus ambitieux de ces programmes est sans doute le MGCS franco-allemand, désormais retardé, qui a débuté en 2017 et qui devrait maintenant entrer en service au milieu des années 2040. Avec le retard du MGCS d’environ une décennie, la France et l’Allemagne sont confrontées à un déficit de capacités imminent. Dans le cas de la France, ses chars Leclerc devraient être mis hors service d’ici 2038.

En plus du char de combat principal qui est censé être sa pièce maîtresse, le programme MGCS, en tant que « système de systèmes », devrait mettre en service d’autres véhicules avec ou sans équipage. Ceux-ci seront probablement chargés de la guerre électronique, de la défense aérienne ou serviront de plates-formes à partir desquelles lancer des drones, des munitions errantes ou des armes à énergie dirigée.

Parallèlement, une douzaine de pays européens (hors France) travaillent actuellement en recherche et développement dans le cadre du programme MARTE (Main ARmored Tank of Europe), qui étudie les besoins en chars pour la période post-2040.

Dans ce contexte compliqué, la France et l’Allemagne ont toutes deux pris conscience qu’elles auraient besoin de nouveaux chars. avant le MGCS arrive en service.

En conséquence, l’Allemagne travaille actuellement sur le Leopard 3, également connu sous le nom de Leopard 2AX, qui devrait fournir un véhicule de combat prêt à être utilisé au début des années 2030.

En avril de cette année, la ministre française des Armées Catherine Vautrin a déclaré au Parlement que Paris avait décidé de lancer un programme de chars « intermédiaires » pour atténuer les retards affectant le MGCS.

Pour répondre au besoin français d’un réservoir palliatif, KNDS propose désormais son CAPINT (CAPacité INTERmédiaireou capacité provisoire).

Celui-ci combinera une tourelle française et un canon principal sur la coque d’un Leopard 2 allemand, un char déjà en production pour divers clients. Si cette solution était retenue, un nouveau Léopard 2 serait probablement installé en France pour répondre à la demande.

Il est intéressant de noter qu’un autre nouveau char exposé à Paris cette semaine, le démonstrateur du concept New Main Battle Tank (NMBT), de la coentreprise Leonardo Rheinmetall Military Vehicles (LRMV), utilise également une coque de Leopard 2 comme point de départ, bien que cela puisse changer à l’avenir. Dérivé du Rheinmetall Panther KF51, le nouveau char est proposé à l’armée italienne, qui recherche également un successeur à son char de combat principal actuel Ariete.

27 janvier 2022, Bavière, Hohenfels : un char de combat principal italien Ariete se trouve dans une zone boisée lors de l

De retour au char CAPINT, la tourelle sera sans équipage et armée du canon lisse 120 mm ASCALON de KNDS France. Le plan est d’avoir une tourelle capable d’accueillir un canon de 140 mm à l’avenir. L’ASCALON de 120 mm a déjà fait l’objet d’essais de tir avec une tourelle non équipée sur un véhicule en mouvement. Parallèlement, la version 140 mm de l’ASCALON est prévue pour le MGCS.

Contrairement aux canons de plus gros calibre qui ont été proposés par le passé pour les futurs programmes de chars, l’ASCALON de 120 mm offre l’avantage d’être entièrement compatible avec toutes les munitions de 120 mm aux normes OTAN. Cela signifie que les opérateurs peuvent maintenir et exploiter leurs stocks de munitions existants.

Les trois membres d’équipage du CAPINT seront transportés dans une « citadelle blindée » à l’avant du véhicule, qui sera défendue par un blindage composite passif ainsi que des systèmes de protection réactifs et actifs.

Le système de protection active sera développé par KNDS et sera réparti autour de la tourelle et de la coque, afin que ses effecteurs défensifs offrent une couverture plus complète.

En attendant, il est intéressant de noter qu’un Leclerc équipé d’une « cage de protection » anti-drone au sommet de sa tourelle participe à la démonstration dynamique de matériel militaire à Eurosatory cette semaine.

Cette photographie montre un char de combat AMX Leclerc (Char Leclerc) avec une cage anti-drone sur son sommet lors d'une démonstration dynamique d'équipements militaires au salon Eurosatory, dédié à la défense et à la sécurité, au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte à Villepinte, banlieue nord-est de Paris, le 14 juin 2026. Le salon Eurosatory a lieu du 15 au 19 juin 2026. (Photo de Kenzo TRIBOUILLARD / AFP via Getty Images)

KNDS indique qu’il achèvera un char de démonstration CAPINT dès 2030 et, si la France choisit de l’accepter, il pourrait livrer les premiers exemplaires de production en série en 2035, conduisant à un déploiement en première ligne en 2037.

Il est également prévu d’incorporer dans le CAPINT certains des systèmes avancés destinés au MGCS.

Ces éléments comprendront probablement une IA entièrement intégrée, les systèmes de protection passive/réactive/active susmentionnés, la guerre contre les drones et la capacité d’engagement au-delà de la ligne de vue.

Une autre caractéristique du programme MGCS qui serait probablement mise en avant pour le char CAPINT est l’accompagnement de véhicules terrestres sans équipage (UGV). Selon le MGCS, un ou deux types d’« ailiers robotisés » sont prévus pour le char provisoire. Ces UGV seront capables de suivre le rythme du char, mais seront suffisamment petits pour être abordables. Leur coût sera également régi par l’offre de différents niveaux de protection passive.

L’intérêt renouvelé pour les programmes de chars reflète une résurgence plus large de la guerre blindée à travers l’Europe, largement motivée par les leçons de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Si ce conflit a mis en évidence la vulnérabilité des chars face aux drones, aux munitions errantes et aux armes antichar de précision, il a également souligné qu’une puissance de feu mobile et fortement protégée reste indispensable pour les opérations interarmes. En conséquence, les armées européennes qui, autrefois, réduisaient leurs effectifs ou retardaient la modernisation de leurs blindés investissent désormais massivement dans de nouveaux chars de combat principaux et dans des améliorations.

Alors que le besoin de chars provisoires en France et en Allemagne devient de plus en plus urgent, la poussée actuelle en faveur du CAPINT et du Leopard 3/Leopard 2AX allemand risque de mettre en danger le programme MGCS.

« Nous travaillons déjà à créer ce que sera le combat de demain », a déclaré hier le PDG de KNDS, Jean-Paul Alary, lors d’une conférence de presse à Eurosatory. « Peut-être que le combat de demain, l’ambition du MGCS, viendra un peu plus tôt que le projet lui-même. »

Pendant ce temps, selon Reutersun porte-parole du gouvernement allemand a émis des doutes quant à l’avenir du MGCS, affirmant que le projet serait axé sur des technologies « indépendantes de la plate-forme », ajoutant qu’il n’était pas clair si un char commun serait encore construit.

En fonction de la capacité de ces réservoirs provisoires, la décision de la France et/ou de l’Allemagne de se retirer du programme MGCS plus complexe pourrait devenir plus facile. Beaucoup dépendra probablement aussi de la voie empruntée par le programme MARTE, avec la possibilité que les exigences du MGCS soient remplacées. Dans le même temps, l’expérience récente du système paneuropéen de combat aérien du futur (FCAS) dirigé par la franco-allemande a mis en évidence à quel point il peut être difficile de maintenir des programmes comme ceux-ci sur la bonne voie, même si ils sont nécessaires.

Marc-André Boucher

Marc-André Boucher

Analyste de formation et passionné de stratégie internationale, j’écris pour 45eNord.ca afin de décrypter les grandes dynamiques militaires mondiales. Mon objectif : rendre claires les logiques de pouvoir et les rapports de force qui façonnent notre époque. J’aime lier les faits du jour à une vision d’ensemble.